
Animal social
Premier soir tranquille depuis mercredi dernier. Cinq soirées à sociabiliser, faire la fête, rigoler, cinq soirées cinq ambiances, totalement différentes les unes des autres et… Que j’aime ça !!!
La solitude ne me gêne pas, je ne la fuis pas, j’aime aussi rester tranquille chez moi, ça ne me déprime pas, pour autant il ne faut pas que ça dure trop longtemps. Je suis un animal social. J’ai été une petite fille très solitaire, fille unique jusqu’à mes 10 ans, trop souvent malade, je me languissais du moment où les petits enfants réintégreraient les pénates de leurs grands-parents le temps des vacances scolaires et que nous formerions à nouveau une joyeuse bande prête à inventer tout un tas d’histoires.
Aujourd’hui les histoires on ne les invente plus ensemble mais seul(e) devant son écran. On invente sa life mais ça n’a plus trop l’air d’être un jeu. Les gosses jouent aux jeux vidéo ou regardent des mecs jouer aux jeux vidéo (!!!) – d’accord – tout en se demandant quel genre d’influenceur ils seront plus tard (je généralise je généralise, heureusement que tous les gosses n’ont pas ce profil).
Moi, je ne veux pas voir la vie par le filtre des réseaux sociaux, j’ai besoin de m’y frotter. Je réalise à quel point c’est totalement déprimant d’être le nez dans son portable trop longtemps – alors même que ça fait partie de « mon taf » dorénavant – et à quel point j’aime décrocher de ça. J’ai l’impression d’un monde parallèle qui ne croiserait jamais notre chemin.
Depuis un mois, j’ai un peu le nez dans les Fashion-week, alors que ça faisait un moment que j’avais lâché l’affaire. Là, je suis passée du monde parallèle à la 4e dimension (je ne suis pas très balèze en métaphore cosmologique – la 4e dimension est-elle au-dessus du monde parallèle ? Et d’ailleurs est-ce que ça existe ce bordel ?) – je parle essentiellement des contours de la FW et j’emploierai volontairement le mot OVNIS sans aucune métaphore cette fois. Mais que se passe t-il ? Mais qu’est-ce qui se passe ? Mais pourquoi, mais comment, mais qui êtes-vous les gens mais non mais ah mais oh mais why (ça y est j’ai vrillé).
Aujourd’hui Paris et moult villes de France sont en grève et je n’arrive pas à faire le lien entre tous ces évènements.
Les gens préfèrent se créer un avatar digne d’intérêt, totalement artificiel, totalement désincarné, une soi-disant version augmentée d’eux-mêmes (enfin pour certain je ne sais pas qu’elle était le projet de base mais vraisemblablement c’est parti en couille quelque part). Pour que ce fantasme reste crédible, il est préférable de rester planqué (comme les stars Hollywoodiennes des années 50), ne pas trop se confronter à la vie réelle. Du coup, je vois passer de plus en plus de littérature (c’est une image vous l’aurez compris) sur la recrudescence de phobie sociale.
Ça me fait penser à tous ces films d’anticipations comme Matrix ou Total Recall, sans parler de certains épisodes de Black Mirror, dans lesquels la vie virtuelle remplace la vie terrestre de manière consentie.
Ce qui fait flipper, ce n’est pas que certaines personnes ne soient pas douées pour les relations humaines, ça, ça a toujours existé. Se réfugier dans les livres, les films, la nature parce qu’on a du mal à sociabiliser c’est assez banal. Ce qui l’est moins, c’est de développer des troubles du comportement par peur d’être démasqué, désacralisé, déboulonné de son petit piédestal en stuc, pâte à modeler ou papier mâché. Forcément c’est compliqué d’être au niveau d’une bête de foire créée de toutes pièces. Comme on a pu le dire de méga stars qui se sont faites bouffer par leur personnage.
Un moment les gens, il faut faire taire votre égo hein et comme chez Mc Do, y aller comme vous êtes (c’est ça le slogan non ?). C’est sûr que chercher à contrôler tout ce qu’on va dire ou ne pas dire, faire ou ne pas faire, être ou ne pas être, c’est vraiment ça votre putain de question. Ça ne sert à rien d’être obnubilé par son image, obsédé par le fait de vouloir donner la meilleure version de soi-même tout le temps, au risque d’en devenir chiant et prétentieux. Ces personnes ont tellement passé de temps à ciseler leur personnage qu’ils n’osent plus se montrer au grand jour. Elles en ont tant dit sur elles que c’est comme si elles arrivaient dans une soirée à poil, elles redoutent le jugement et préfèrent rester planquées derrière leur écran.
Moi j’aime me frotter aux gens (pas trop près quand même hein), je sais très bien qu’on ne fait jamais l’unanimité et ce n’est pas grave, il faut rester tel que l’on est et prendre ça avec beaucoup de dérision. On n’est pas là pour donner une conférence sur « comment sauver la planète en 10 tips » (déjà l’intitulé de connasse). Il ne faut pas chercher à plaire à tout prix, la vie n’est pas une représentation, il ne faut pas chercher à briller absolument, il faut juste profiter du moment, de l’échange, y’a aucun rôle à jouer, juste à être…
Encore faut-il pour ça, être connectée. Non pas à son tel mais à soi. Non ?
