Aller au contenu

Comment j’ai changé mon mode de conso

Longtemps j’ai été matrixée. Je suis un pur produit de la société de consommation. Je suis une fille qui a grandi dans les années 80, les années bling-bling, les années fric comme on dit aujourd’hui, où consommer c’était exister. Pourtant, je ne viens pas d’un milieu bourgeois, classe moyenne plutôt moyenne. Attention hein, ce n’est pas un aveu de faiblesse, bien au contraire, la valeur des gens n’a rien à voir avec leurs moyens, comme trop d’idiots portent à le croire.

Moi et les fringues, c’est une histoire qui a commencé très tôt. Ma mère travaillait à la centrale d’achat du Printemps/Prisunic, la SAPAC. Elle bénéficiait de grandes braderies à moindre coût à chaque saison (les échantillons laissés par les fournisseurs) et revenait avec des sacs remplis de fringues. Bon, c’était selon ses goûts, je n’appréciais pas toujours, surtout quand ça grattait (les futes en Tergal des 70’s) où il fallait un chausse-pied pour passer sa tête dans ces foutus sous-pulls en acrylique et ne parlons pas des bonnets en laine (j’ai échappé aux cagoules) qui me faisaient loucher vers le haut, mais j’étais la petite fille bien sapée, toujours à la pointe de ce qui se faisait. Je suis tombée dans la marmite comme on dit. En grandissant mes goûts se sont affirmés, j’ai bien pris la tête à mes parents lorsque je voulais une énième fringue. C’est aussi ce qui m’a poussée à faire des petits boulots très tôt pour pouvoir subvenir à ce que je pourrais appeler une addiction naissante.

Merci de lire ! Abonnez-vous gratuitement pour recevoir de nouveaux posts et soutenir mon travail.

La suite, je l’ai racontée dans le post “le déclin de la presse féminine”. Je me suis défini comme ça, la fille à la mode et j’avoue que j’y ai pris plaisir. Les années 90 étaient celles des marques, comme je l’ai mentionné. Il y avait un biais élitiste que je ne peux nier. Le “mais non, je m’habille pour moi”, est une vaste supercherie. On ne s’habille jamais QUE pour soi. On s’habille pour paraître aux yeux des autres, on s’habille pour combler un manque, on s’habille parce “qu’on le vaut bien”, on s’habille pour une position sociale, on s’habille pour exister.

Si j’ai beaucoup consommé, je pense que je n’étais pas compulsive mais sans doute que je me trompe. Dépasser les bornes, c’est toujours une forme de compulsivité. La quête de nouveautés est une drogue dure. Les serials shoppeuses savent que cela actionne un shot de dopamine dont il est difficile de se passer. Je n’ai jamais été fière de ça. Le “j’achète donc je suis” ne fait pas partie de mes valeurs. Pour autant, j’achetais.

A ma décharge (si je dois plaider coupable), j’ai toujours été adepte de l’économie circulaire ah ah. Depuis toujours, je revends mes vêtements. Dans l’ancien temps, à des copines, puis dès mes 20 ans dans les dépôts vente, plus tard sur Vestiaire Collective et aujourd’hui sur Vinted.

Puis les années 2020 sont arrivées, avec son lot de catastrophes. J’ai peut-être eu un Covid reset du cerveau, va savoir … car c’est vrai que mes prises de conscience à tous niveaux sont parties de là. Très surement parce que c’est à ce moment précis que l’on a vraiment saisi la vulnérabilité de notre planète et que, si nous fermions les yeux (les oreilles jusqu’alors), cet événement nous impactait tous.

Rajoutons à cela la flambée des prix, qui n’ont aucune corrélation avec la vraie valeur des produits et là je me suis dit “faut pas pousser mémé dans les orties”. Surtout que les propositions sont devenues moins attractives. Entre les marques qui font tous la même chose (du quiet luxury qui finit par lasser), et des collections ressucées à l’excès – par exemple, les collections Isabel Marant (qui m’a ruinée cette P#te :-)) qui s’autopompe (aucune métaphore dans ces 2 phrases please) – la fast fashion qui colle le plus précisément aux tendances mais dans des matières improbables, que tu te croirais de sortie avec un canapé Castorama sur le dos, outch (je croyais pourtant qu’on manquait de pétrole). Il suffit de décortiquer les étiquettes pour voir qu’aucune marque n’est plus vertueuse qu’une autre.

Voilà pour le constat. Et quand tu ne regardes plus ça comme cet obscur objet du désir, et bien tu t’en bats les reins, il n’y a plus aucune frustration de ne pas rentrer dans cette roue de hamster qui consiste chaque saison à convoiter les dernières nouveautés. Pour être la prem’s, pour faire partie de la bande à Basile, pour avoir le même truc que les meufs sur les réseaux (cette année, la ceinture Celine par ex – qui du coup, est déjà obsolète).

J’ai arrêté de prêter des vertus magiques aux fringues. Ce qui nous définit, c’est notre personnalité, pas nos fringues (je mens, je mens), alors pour être plus honnête, ce qui nous définit ce n’est pas le prix de nos fringues. D’ailleurs, faite le test : que portait votre copine/votre collègue/votre belle-soeur, la dernière fois que vous l’avez vue ? Je suis sûre que vous ne vous en souvenez pas. En revanche, vous vous souvenez plus certainement du moment passé.

Pour autant, je n’ai renoncé à rien. Je vous ai dit que j’étais tombée dedans, je n’y peux rien :-). J’aimerai toujours les fringues, m’amuser avec chaque jour, c’est dans mon ADN. J’ai juste changé mon mode de consommation comme le titre de ce post l’indique. Alors maintenant place aux travaux pratiques.

Premier tips. Avoir un compte dédié à ça, avec un budget (ou pas selon les mois) + la revente de mes fringues. Avec un budget globalement divisé par 3, je prends tout autant de plaisir, avec moins de culpabilité. Je me sens plus alignée. Je vois ce que j’ai, plutôt que ce que je n’ai pas (de toute façon cette histoire est un puits sans fond), j’optimise à fond mon dressing.

2 – Je n’envisage plus du tout les pièces au tarif fort. Les soldes arrivent vite, il est même possible de trouver l’objet de ma convoitise sur Vinted avant même la fin de saison. Regarder, essayer (pour connaitre les tailles) et laisser ça dans un coin de ma tête. Si l’envie me passe elle passe, sinon ce sera pour quand l’occase se présentera. Il y a tant de choses en rayon que je ne vais pas faire un caca nerveux pour une sape, si ce n’est pas ça, ce sera autre chose. La maturité !!!

3 – Vous l’aurez compris, Vinted est devenu mon premier pourvoyeur de came. J’adore cette chasse au trésor. Attention, j’y cherche toujours des choses précises sinon on en revient à une consommation débridée et décomplexée, ce qui n’est pas le but. Des bonnes affaires, il y en a tout le temps.

4 – Lister (ça j’ai toujours fait), afin de définir ce qui manque à mon dressing, l’emmener ailleurs, là où ça sent bon l’air du temps. La différence, c’est qu’avant je listais avec des pièces précises de marques précises, aujourd’hui je liste juste “un sac rouge” et je m’en contrefout de le trouver dans une marque en vue ou chez Tartampion. Et finalement, ma wishlist est beaucoup plus light qu’avant. Je ne m’attache plus à un objet mais à une idée.

5 – Rester connectée à ses goûts plutôt qu’à la loi du marché. Se retrouver pleinement. Je me rend compte que j’ai toujours les mêmes marottes qu’à 20,30, 40 ans. Que le fait de s’éloigner des articles en cours rend les choses plus créatives.

6 – Je ne fais pas de doublon (je ne cherche pas à avoir la pièce que j’adore en x exemplaire même si dans une couleur différente). On ne connait jamais la date de péremption de l’affection. J’achète uniquement si cela fait la différence avec ce que je possède déjà.

7 – Je n’omet pas les pièces “liens”, celles qui ne font pas spécialement plaise à acheter mais qui sont essentielles à la cohérence du vestiaire. Des pièces neutres (pull marine, tee-shirt blanc, jean bien coupé,…) qui font que non, je n’ai pas rien à me mettre, il suffit de créer de nouvelles associations pour ne pas s’emmerder.

8 – Dernier point, et je vais aller à contre courant de ce qu’on a tendance à nous faire croire. Prendre en compte mon âge et mon corps. Oui, il y a des trucs qui ne sont plus pour moi – trop court, trop minette, trop fashion de la mort qui tue – je ne veux pas être la vieille petite fille ou la cougar dalleuse – ou trop classique/mémère, qui te fait passer pour la dame patronnesse du cathéchisme, très mims sur peau fraîche mais hors propos sur un ovale flou – les motifs vintage, la longueur midi évasé, le pastel près du visage, les cols Claudine – pas pour moi.

Voilà grosso modo, comment j’ai réduit et changé de mode de conso. Je ne dis pas que c’est parfait, mais c’est ce qui me contente et fonctionne pour moi en ce moment.

A la semaine prochaineeeeee !

Vous pouvez aussi me suivre sur insta Vmode9

Merci de lire ! Abonnez-vous gratuitement pour recevoir de nouveaux posts et soutenir mon travail.

Lire cet article sur Substack