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Comment naissent les tendances ?

Dans l’histoire de la sape, les tendances ont toujours existé, on ne les nommait pas ainsi, il s’agissait de codes vestimentaires qu’il fallait respecter selon son rang social, s’en démarquer était impossible. Je ne vais pas ici faire un cours d’histoire du vêtement, ce n’est pas mon rôle (il y a mille livres à ce sujet) mais disons que les cycles de mode ce sont accélérés sous le règne de Marie-Antoinette, qui a fait du vêtement un outil de pouvoir (c’est aussi, en partie, ce qui lui a aussi causé sa perte). A partir de la fin du 18e siècle, ces cycles sont devenus plus courts et complètement schizo à l’image des régimes politiques successifs. Style Empire (inspiré de la Grèce antique), le romantisme (retour du corset, manche gigot énorme, jupe évasée), la crinoline ( WTF, 2 m de largeur, pas du tout encombrant ce truc), la tournure (prude style victorien et faux cul), pour terminer ce siècle chelou dans un style Belle époque (silhouette en S, seins projetés et cul cambré, immenses chapeaux).

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Qui a dit que tout allait trop vite aujourd’hui ? Ce 19e siècle c’était quelque chose…il ressemble étrangement d’ailleurs à ce que nous vivons depuis quelque temps, non ? Crise politique majeure, défiance des institutions et polarisation de nos sociétés (agrrrr).

Sautons directement aux années 60’, le moment où les codes sociaux se brouillent, où le bourgeois pique les atours du loubard, où le prolo se ruine pour jouer au “MOD” (fan du style tiré à quatre épingle des Beatles). L’époque où la culture populaire fait son entrée dans les foyers (via la tv, les magazines), l’époque où les célébrités du moment font et défont les modes. Brigitte Bardot en cheffe de file, allez zou toutes les filles choucroutées, en jupon vichy et ballerine. Y’avait juste à se trouver une icône à copier (Françoise Hardy, Sylvie Vartan, Catherine Deneuve,…). En 70, c’est la musique qui trône en maître-style, le look se définit par celui de son idole. Et il y a de quoi faire à cette époque. Je vois ça comme un immense espace de liberté mais la nostalgie (surtout d’une époque que l’on n’a finalement pas connue) est mauvaise conseillère. Tout parait toujours plus fascinant rétrospectivement.

Les années 80, c’est le point de bascule, la où tout devient Communication (on fait un brain-storming les gars), l’âge d’or des agences de pub, plus rien n’est laissé au hasard. Les bureaux de style / de tendance deviennent incontournables. Ils anticipent, analysent ce qui donnera envie aux consommateurs de demain. Le secteur de la mode est en pleine expansion, il faut bien démêler tout ce bazar. Comme je le disais dans un précédent billet, pour donner l’impulsion d’achat, il lui faut l’urgence de ne pouvoir le remettre à plus tard et l’urgence est lié à la tendance. Les créateurs (c’est comme ça qu’on disait à l’époque), les grands magasins, les marques de PAP compulsaient donc ces cahiers de tendances (qui se vendaient très chers) pour élaborer leurs collections. C’est comme ça qu’il y avait LA couleur de la saison, la forme de chaussure de la saison, la silhouette de la saison, etc… La fast fashion n’existait pas encore.

L’arrivée de Zara a rebattu les cartes avec leur mode de fabrication hyper réactive, les mecs se rendaient aux défilés (qui ont donc lieu 6 mois avant la dite saison), copiaient et acheminaient en magasins, les fringues des marques les plus bankables du moment, avant même qu’elles soient sur les portants des dites marques.

Puis, les maisons de luxe ont repris le pouvoir de la désirabilité, les designers devenus super-stars pouvaient se permettre de n’en faire qu’à leur tête, au diable les tendances, on voulait (je cite en vrac et sans temporalité) du Celine /Phoebe Philo, du Saint-Laurent /Hedi Slimane, du Chloe /Stella Mc Cartney, du Balenciaga /Nicolas Ghesquière, … sans avoir besoin de cohérence sur la tendance. Leurs mood-board s’inspiraient d’un voyage, d’un film, d’une série (je me souviens d’une magnifique collection Vuitton où Marc Jacobs s’était inspiré de Dontown Abbey), Slimane était inspiré lui de ses idoles musicales, Mc Queen aimait se rendre à la grande galerie de l’évolution observer les insectes, Galliano puisait son inspiration dans l’histoire. C’était chacun fait fait fait, ce qui lui plait plait plait. La fast-fashion continuait de pomper, c’était ça qui était à la mode.

Si les icônes, les égéries, les muses ont toujours existé, (Loulou de la Falaise, Betty Catroux chez Saint-Laurent, Amanda Harlech chez Ghesquiere, Camille Micelli chez Marc Jacobs, …), elles restaient plutôt confidentielles. Elles inspiraient, par leur style, le designer sans pour autant inspirer le grand public. Avec Internet, les images étaient à portée de tous. Je dirai que Kate Moss a sans doute été la it-girl des années 2000 la plus copiée avec son style rock-bohème. Ses petites soeurs ont poussé comme des champignons grâce aux réseaux, Alexa Chung, Jeanne Damas, Sienna Miller, Clara Delevingne,… chacune avait son character design comme on dit en anime, à l’image de la Barbie ou d’un girls-band (la sportive, la hippie, la chicos). Ces it-girls ont ensuite été remplacées par les girls next door d’Instagram qui sont devenues à leur tour des influenceuses. Je ne sais pas trop ce qu’elles influencent car je vois beaucoup trop de copier/coller, mais soit. Les tendances populaires aujourd’hui naissent à cet endroit. Ensuite bien sur il y a des familles de style qui ne se rencontreront jamais. Chacun dans sa petite case comme l’algo aime à nous y mettre sinon quel bordel pour lui de nous identifier. On devient malgré nous des caricatures de nous mêmes.

Et puis, parfois, un objet “culturel” populaire s’empare de la mode, comme ça a été le cas avec Sex and the City, Gossip Girls et plus récemment Yellowstone. Vous avez dû déjà tomber sur ces vidéos ou une nana commence à mater la série en jog et qui à chaque épisode enfile une pièce de cet imaginaire western (chapeau, bottes, chemise western,…). J’avoue avoir été cueillie moi aussi. Si j’ai toujours porté des santiags et aimé cet univers amérindien, je n’avais jamais poussé aussi loin ma quête de franges ah ah. Bon le fait que Kelly Reilly est l’archétype de la bonne meuf (folle mais bonne) et Rip du gars sûr, y est pour beaucoup. Alors même si le scénario n’a rien de réaliste, il touche un truc profondément grégaire, le wilderness (la nature sauvage dans tous les sens du terme). Vous êtes surement passées à côté de ce délire mais je sais que je ne suis pas seule sur ce coup (coucou les copines).

Ceci étant dit, il me semble qu’aujourd’hui, un retour en arrière s’est opéré, avec une uniformisation des tendances (l’exemple de Sésane est assez parlant), parce que moins de fric, moins conso, un besoin d’avoir une direction claire et pas un choix entre 25 styles différents (ça ne ressemblerait pas à une situation comparable ça ? Je crois que moi aussi je vais me présenter ! ). Mais on s’en fout parce qu’on n’est pas obligé de changer son dressing chaque saison. Ce qui fait notre singularité, c’est de mélanger tout ça à notre sauce. Le shop in your dressing est ce qu’il y a de mieux (un peu de neuf et beaucoup d’anciens). D’ailleurs, pardon, mais je trouve que de suivre au pied de la lettre les tendances nous rend tarte à notre (le mien) âge. Cela revient à dire que nous n’avons toujours pas pigé qu’elle était notre personnalité.

Bon et je vais arrêter de faire ma prof es mode pour les nulles (merci Carine pour ce terme tout à fait à propos ah ah).

A la semaine prochainnnnneeeee ! (qui se souvient de ce final cut de Marie-Christiane Marreck dans Paris Modes sur Paris première ?)

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